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Sur la vague, Lee-Ann Curren ou le rêve néo-aquitain

Égérie 2.0 d’une surf culture européenne revendiquée, ambassadrice planétaire d’une Nouvelle-Aquitaine enfin libérée du cliché de « Californie française », Lee-Ann Curren, 31 ans, explore en musique les spots du monde entier, mais reste fidèle à ses racines, à ses rêves et aux vagues de la région.

C’est un label désuet, un poncif journalistique, un slogan éculé de marketing touristique, souvent employé depuis 1957 pour décrire l’ambiance surf de la Côte basque et du littoral néo-aquitain. « J’ai toujours trouvé la formule “Californie de l’Europe” ou “French California” inadaptée pour résumer la richissime culture surf de la région… » confesse en souriant Lee-Ann Curren, née en 1989 à Biarritz d’une mère française et d’un père originaire de Santa Barbara. « Pour moi, qui ai vécu toute mon enfance au Pays basque et passé de nombreux étés avec mon père sur la côte ouest des États-Unis, on ne peut pas – ou on ne peut plus – comparer des styles de vie, des vagues et des paysages aussi différents. ».

Mon père, ce champion du monde

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Ironie de l’histoire du surf, c’est le mariage de ses parents, au début des années 80, qui entérine définitivement ce raccourci sémantique et le jumelage culturel basco-californien amorcé par les premiers surfeurs-baroudeurs-hippies américains des années 70. Issue d’une célèbre famille de « Tontons surfeurs », pionniers des vagues de Biarritz dans les sixties, la mère de Lee-Ann, Marie-Pascale Delanne, est alors une des rares surfeuses locales à s’illustrer sur la Grande Plage. C’est sur ce spot que son père, Tom Curren, a décroché en 1980 le titre de champion du monde junior. « Mon père avait 16 ans lors de son premier voyage en France, et 19 lorsqu’il a rencontré ma mère », poursuit Lee-Ann. « Les surfeurs qui voyagent savent qu’on peut tomber amoureux d’une vague, d’un pays, d’une culture… Mon père avait déjà eu le coup de foudre pour la région, mais c’est une surfeuse basque qui lui a donné envie de rester. »

Le couple se marie, s’installe à Biarritz, où Lee-Ann voit le jour en 1989, un an avant le dernier des trois titres de champion du monde professionnel de sa légende de père. À 6 ans, elle prend ses premières vagues, et progresse rapidement. « Comme tous les parents surfeurs, les miens avaient à cœur de me transmettre leur passion. Mais ils souhaitaient aussi que ma double culture m’ouvre différents horizons. » Après leur séparation en 1993, Lee-Ann rend visite à son père, retourné vivre en Californie, plusieurs fois par an. « C’est durant ces périodes de vacances que l’on a commencé à jouer de la musique ensemble, avec le même plaisir que l’on prenait à surfer tous les deux. »

Dans les années 2000, la jeune adolescente mène de front études, musique et surf. La « beach culture » aquitaine est alors en pleine effervescence. Des écoles de surf et des surf-shops fleurissent un peu partout, de Soulac à Hendaye, en passant par Lacanau, Hossegor ou Anglet. Le nombre de pratiquants explose et l’impact économique et touristique du surf-business se propage jusqu’au grand public.

Une enfance entre Pays basque et Californie

Copyright-Federation Francaise de Surf JUSTES-CRTNA-Surf a Biarritz-10682-800

Dans ce nouvel eldorado du surf baptisé « Glissicon Valley » – toujours en référence au modèle californien –, les grandes marques de surfwear implantées dans la région depuis une vingtaine d’années encouragent l’émergence d’une nouvelle génération de talents locaux, capables de contester l’hégémonie américaine et australienne sur le circuit pro. Sociétaire du Pôle France de surf de Bayonne et enfant-star prédestinée, Lee-Ann attendra pourtant d’avoir décroché un bac scientifique avant de se consacrer à la compétition. « Mes années d’internat au lycée Cassin, avec mes copines du pôle, restent la meilleure période de ma vie. On étudiait comme n’importe quelles lycéennes de notre âge, on sortait le soir, et on s’entraînait tous les jours sur les spots de la Côte basque et des Landes. J’ai compris à cette époque que je ne pourrais jamais vivre ailleurs qu’ici. »

Chroniques du mal du pays

Championne d’Europe en 2007 et 2009, Lee-Ann rejoint l’élite professionnelle du World Tour en 2010, à l’âge de 20 ans, et termine sa première saison dans le top 12 mondial. Mais son irrésistible ascension s’achève brutalement un an plus tard, après une grave blessure au genou. « La musique m’a aidée à surmonter la fin prématurée de ma carrière en compétition… » raconte la bassiste et chanteuse du groupe Betty The Shark, qui écume avec succès les scènes de Nouvelle-Aquitaine depuis une dizaine d’années. Toujours sponsorisée, elle sillonne désormais le monde entier, parfois avec son père, pour tourner des films de surf dont elle signe elle-même la bande-son. Côte d’Ivoire, Mozambique, Afrique du Sud, Australie, Islande, Maroc, ou plus récemment Danemark, îles Hébrides et Tahiti… Cette nomade professionnelle semble cependant entretenir un certain mal du pays.

« J’ai toujours trouvé la formule “Californie de l’Europe” inadaptée pour résumer la richissime culture surf de la région… »

« Chaque expédition lointaine est une aventure humaine inédite, et je mesure ma chance de vivre des expériences aussi intenses. Mais où que j’aille, la nostalgie des vagues basques et du style de vie des gens d’ici me colle à la peau. » En guise de rituel après une longue absence, Lee-Ann se « jette immédiatement à l’eau ». « À Biarritz, Anglet, Lafitenia, Parlementia ou Hossegor… », histoire de renouer avec les spots et les amis d’enfance.
« Du large, on voit et on comprend tout : les paysages, l’architecture, les gens, leur histoire, leurs traditions. C’est comme une symphonie. » Du littoral de son pays natal, elle affirme « aimer absolument tout ». « Tous les spots, toutes les plages, toutes les saisons, toutes les lumières, toutes les tailles de vagues… Des spots urbains de Biarritz aux beachbreaks de Bidart ou de Seignosse, en passant par les vagues de récifs de Guéthary, la côte néo-aquitaine offre un panel d’expériences et de paysages unique au monde. De cette diversité est né un esprit surf typiquement local qui invite à la contemplation et à la communion… ».

« No man’s Landes », l’appel de la forêt

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Un goût du partage que même la foule estivale ne décourage pas. Inconditionnelle de l’ambiance « Surf City » du Pays basque, de ses plages chics, urbaines et cosmopolites, Lee-Ann apprécie également de s’évader vers des territoires de surf néo-aquitains plus austères, voués à l’aventure et à l’exploration. « Plus on remonte vers le nord, et plus la côte devient sauvage, mystérieuse, secrète. Dans les Landes et en Gironde, il n’y a que quelques kilomètres à faire pour quitter la foule d’Hossegor ou de Lacanau, s’enfoncer dans la forêt à pied et se retrouver seule face à l’immensité des plages », raconte-t-elle dans « No Man’s Landes », un merveilleux petit film tourné l’an dernier entre le courant d’Huchet et le bassin d’Arcachon. « C’est ce culte du secret, cette invitation à explorer à l’infini ses propres terrains de jeux, cette magie sans cesse renouvelée qui fait tout le charme du surf dans la région. J’adore ces surf-trips de proximité, quand surgit au détour des méandres d’un courant landais, ou d’un chapelet de dunes girondin, un banc de sable parfait et éphémère. On touche alors à la quintessence du surf néo-aquitain. »

LES SURF TIPS DE LEE-ANN CURREN

  • Surf Club : BASC (Biarritz Association Surf Clubs), le club emblématique de ma ville.
  • Surf Zone : La Côte d’Argent, de Soulac à Hendaye.
  • Surf Mag : « SurfGirl » (en anglais), « Surf Session » (en français), Surfline (sur le Web).
  • Surf Gourou : Mon père, et Stéphanie Gilmore, 10 titres mondiaux à eux deux.
  • Surf de gros : À partir de 3 mètres à Parlementia (Guéthary) ou La Nord (Hossegor). J’adore !
  • Surf festival : Le Festival international du film de surf d’Anglet, en juillet.
  • Surf Contest : Le Roxy Pro France, en octobre à Hossegor.
  • Surf Shop : Boardriders Club Anglet.
  • Surf House : L’auberge de jeunesse Jo & Joe à Hossegor.
  • Surf Art : Les photos et les films de Claudia Lederer.
  • Surf Book : « Les Tontons surfeurs », d’Alain Gardinier (Ed. Atlantica).
  • Surf Music : Le nouvel album de Betty The Shark.
  • Surf Trip : L’Alaska ou le mascaret de Saint-Pardon, en Gironde.

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